Agen : la peur des futurs enseignants

mardi 4 février 2014
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La transition de l’IUFM à l’Espé ne se fait pas en douceur. à Agen, les enseignants et les élèves ont peur de voir leur site réduit comme une peau de chagrin.

source : La Dépêche

La loi de refondation de l’école devait améliorer la formation des futurs maîtres d’école, qui sortent désormais des rangs de l’école supérieure du professorat et de l’éducation (éspé), réincarnation de feu l’IUFM. Mais, sur le site de l’Espé d’Aquitaine à Agen, on a plutôt tendance à croire que tout va empirer. D’où la manifestation d’une trentaine de personnes, hier en début d’après-midi, devant le bâtiment.

Variable d’ajustement
Quelques signes avant-coureurs peuvent effectivement pousser au pessimisme : « Nous avons perdu 23 % des financements en deux ans et 2 postes sur 16 sont supprimés à la rentrée prochaine, s’insurge Michel Delatronchette, formateur à l’Espé. Nous n’aurons plus de formateurs en mathématiques et en documentation, car ils ont été récupérés par l’université de Bordeaux ». Une manœuvre qui inquiète le corps enseignant. La toute jeune Espé d’Aquitaine est intégrée à l’université de Bordeaux et dans les sites départementaux comme celui d’Agen, certains ont peur que l’Espé serve de « variable d’ajustement ». La crainte des manifestants est de voir les moyens humains et financiers de l’Espé s’envoler pour l’université bordelaise.

Étudiants inquiets
Ce scénario effraie Michel Delatronchette qui prévoit un triste avenir aux quelque 200 étudiants qui fréquentent le site chaque année : « Avec des moyens en moins et toujours autant d’élèves, on va devoir augmenter les cours magistraux au détriment de l’accompagnement personnalisé et des TD ». Au lieu de former des professeurs plus compétents, l’Espé cauchemardé par le personnel agenais, produirait des jeunes enseignants mal préparés. Du coup, devant les grilles bardées de banderoles, les étudiants eux aussi s’inquiètent. D’autant que le passage de l’IUFM à l’Espé ne s’est pas fait en douceur : la plupart des responsables d’établissements aquitains ont quitté leurs postes. Officiellement cela s’inscrit dans le processus de restructuration, mais officieusement leur démission serait un acte de contestation. Quoi qu’il en soit, cela a un impact sur la scolarité des élèves comme Emma et ses amies qui voient les concours approcher : « On n’a pas d’emploi du temps depuis plusieurs semaines, s’affolent-elles. On a un concours dans moins de trois mois et certains cours n’ont toujours pas été assurés. »

Une question de (ré) organisation
Franc Morandi assure comprendre l’inquiétude qui règne au sein des sites de l’Espé d’Aquitaine, mais toutes ces incertitudes ne sont dues qu’à la mise en place de l’organisme. Lui-même n’occupe la fonction d’administrateur que provisoirement, le nouveau directeur de l’Espé, nommé en décembre, devrait prendre ses fonctions le 10 février. D’ici là, il faut prendre le temps de s’organiser : « J’aimerais bien qu’on comprenne que l’Espé n’a pas que des inconvénients. Nous avons déjà vécu des mutations de ce type. Il y a des choses en construction… », et pour l’instant il préfère garder le silence sur ces choses, notamment celles qui concernent la sauvegarde des postes agenais. Pour tenter d’obtenir des réponses, et si possibles des satisfaisantes, les manifestants agenais ont décidé d’occuper le site cette nuit. Ils comptent aussi sur les élus qu’ils ont alertés et espèrent que Vincent Peillon, qui a justement abordé hier la question des Espé à l’académie de Poitiers, aura entendu leur appel.