Pas d’amélioration de la formation, contrairement aux promesses

lundi 11 novembre 2013
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Pas d’amélioration de la formation, contrairement aux promesses
C’était pourtant l’objet affiché de la création des ESPE : depuis septembre la formation ne s’est pas améliorée, loin s’en faut. Non seulement les maquettes ont dû être réalisées dans l’urgence, sous la pression des IPR, et avec des difficultés à faire travailler ensemble les 3 universités. Mais encore les masters réunissent désormais des étudiants dans des situations extrêmement diverses, qui rendent très difficile le travail de formation. On recense 16 cas différents pour les étudiants de l’ESPE ! Par exemple, peuvent être regroupés en M1 des étudiants arrivant de licence, d’autres ayant validé leur M1 mais ayant échoué au concours, d’autres étant en reprise d’études. Ou en M2 : des admissibles contractuels, des admissibles non contractuels, des étudiants ayant déjà un M2, etc. Bien entendu ces publics variés n’ont pas les mêmes besoins de formation, ni les mêmes attentes, et pas non plus la même disponibilité. Les M2 contractuels admissibles sont happés par la préparation des cours et le suivi des élèves mais doivent pourtant valider un master et préparer les oraux du concours !
Ce qui sous-tend la réforme de la formation, c’est, comme celle de la « masterisation », l’idée que c’est le terrain qui forme (bien mieux que la formation universitaire et professionnalisante dispensée dans les ex-IUFM). Le terrain est idéalisé, comme si devenir professeur relevait d’un procédé magique d’imprégnation. C’est bien en forgeant qu’on devient forgeron... Mais l’articulation entre la formation « de terrain » et la formation universitaire n’a pas été pensée. Le travail commun des tuteurs et des formateurs de l’ESPE n’est toujours pas possible (ou alors gratuitement, sur le temps libre des uns et des autres, et de manière officieuse). Si bien qu’on peut craindre que cette formation de terrain se résume, comme depuis 3 ans, à la reproduction de recettes qui permettent de faire face à court terme, et à l’imitation du tuteur.
Or, depuis la réforme de 2010, un grand nombre des tuteurs qui l’assuraient jusque-là se sont désengagés de la formation. Une partie de ceux qui ont pris les places laissées vacantes l’ont fait sous la contrainte, ou pour des raisons moins avouables de besoin de reconnaissance par leur hiérarchie. Dans tous les cas, ces tuteurs n’étaient pas formés. Ce ne sont pas les quelques demies journées organisées par les IPR dans l’année qui ont permis d’améliorer la situation.
A la rentrée, pour faire face à l’afflux des entrants dans le métier (fonctionnaires-stagiaires, mais aussi contractuels admissibles et EAP), les chefs d’établissement et les IPR ont été chargés de recruter le double de tuteurs. Dans un tel contexte, les situations critiques qui ont pu être constatées depuis 2010 se sont multipliées : jeunes collègues sans tuteurs, ou avec un tuteur dans un autre établissement, ou dans une autre discipline, ou avec deux tuteurs, l’un, dans l’établissement, mais dans une autre discipline pour le volet « gestion de classe », et l’autre, dans un autre établissement, mais dans la même discipline, pour le volet « matière » (comme si, d’ailleurs, cette distinction avait un sens). Gageons que la rémunération ne constituera pas une source de motivation supplémentaire pour les conseillers pédagogiques potentiels, puisque les tuteurs des étudiants admissibles sont beaucoup moins bien rémunérés que les tuteurs des fonctionnaires-stagiaires. Pour ce qui est des collègues qui accueilleront dans leurs classes des étudiants de M1 ou M2 en stage, leur indemnité annuelle sera encore plus basse.

Mary David et Marie Haye
ESPE de Nantes
Le 11 novembre 2013