Désabusé…

mardi 12 novembre 2013
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Désabusé…
Marqué par les mensonges de notre ex-président de la République, l’un d’entre eux a retenu mon attention. Lors de la campagne présidentielle de 2012, à l’occasion d’une émission télévisée, M. Sarkozy a affirmé, devant nombre de téléspectateurs, que les IUFM n’existaient plus.
Comme tous mes collègues, j’entendis cela comme une négation du travail effectué, notamment depuis la réforme de masterisation.
Depuis septembre 2013, la loi de la Refondation de l’Ecole met en place une nouvelle formation des enseignants ! Et là encore, quelle surprise d’entendre le ministre de l’Education Nationale annoncer que son action gouvernementale permettait de proposer “une formation qui avait disparu ” aux étudiants.
Stop, ça suffit ! Assez ! De qui se moque-ton !
Rapidement et chronologiquement, voici ce qui s’est réellement passé :

  • Au cours de l’année 2009/2010, alors que se déroulaient les dernières formations PE (Professeurs des Ecoles) et PLC (Professeurs de Lycée-Collège), les formateurs des IUFM assuraient la formation auprès des lauréats des concours PE –CAPES-CAPEPS, ils ont également beaucoup travaillé à la confection des maquettes pour la mise en place de la réforme dite “masterisation”, médiatiquement annoncée comme faisant accéder les étudiants à une formation de bac + 5.
  • L’année qui a suivi (2010/2011) a vu la tâche de tous les formateurs augmentée par le surcroît de travail procuré par cette réforme. Parallèlement, les étudiants devaient attendre un an de plus avant de travailler … et d’accéder à un premier salaire.
  • En 2011/2012, l’année de mise en place effectuée, tous les personnels impliqués se sont livrés à de nombreux aménagements de la maquette initiale. En outre, leur implication dans l’accompagnement à la création d’un mémoire basé sur la recherche leur a considérablement alourdi leur charge de travail, de même que les travaux liés aux évaluations des multiples Unités d’Enseignement, fruits de maquettes morcelées.
  • L’année 2012/2013, troisième année de cette réforme aurait pu être celle de l’atteinte d’une certaine allure de croisière synonyme de qualité de la formation. Bien au contraire, la “naissance” annoncée des ESPE s’est réalisée dans un “flou” qui a mis tous les personnels dans une atmosphère angoissante. Cette atmosphère sur le devenir de la formation ainsi que celui des personnels a été à la fois omniprésente et stressante.
    Pour exemple de la précipitation dans laquelle s’est déroulée cette “gestation”, le nouveau recteur de notre académie (Nantes) qui a pris ses fonctions en janvier 2013, a trouvé le dossier ESPE … vide, à son arrivée ! En un semestre il fallait tisser les liens pour construire le fameux dossier d’accréditation de l’ESPE… et ce dans une académie dont les 3 universités n’avaient toujours pas réglé le différend sur la gestion financière de la réforme datant de 3 ans !!!
  • Bâclées (rédigées en quelques semaines) les maquettes étaient pourtant opérationnelles à la rentrée de septembre 2013 avec de nombreux étudiants inscrits.
    Pour autant, la gestion des services des enseignants-formateurs étant l’entrée choisie comme prioritaire (il faut avant tout inscrire l’ouverture de l’ESPE dans le cadre d’un important déficit budgétaire de l’Université de rattachement !), la présence devant les étudiants est tant bien que mal assurée. Les enseignants-formateurs impliqués depuis 3 ans sur les maquettes de la “mastérisation” doivent à nouveau remettre toutes leurs énergies dans des formations où leurs investissements ne sont plus “au goût du jour” : place de la recherche pour le mémoire dévalorisée, stages des étudiants non conçus dans le cadre d’une véritable alternance source de formation, découverte et travaux nombreux sur des préparations aux concours remodelés… et sans réels cadrages des épreuves… etc…
  • Passionné par mon métier d’enseignant, investi ensuite dans la formation des enseignants, je suis désabusé…

Oui, il est nécessaire de mieux former les enseignants.
Non, il n’est pas nécessaire de tout baser sur des mensonges, de nier le travail accompli : depuis des années les enseignants ont continué d’être formés, grâce à l’action professionnelle des personnels.

Oui, les formations existantes méritaient d’être améliorées… après analyse de l’existant.
Non, faire table rase des expériences acquises et accumulées n’était pas la bonne solution.

Oui, le métier d’enseignant est passionnant, mais difficile et compliqué : c’est un métier qui s’apprend.
Non, il ne s’apprend pas uniquement sur le terrain par une forme d’empirisme, de chance d’avoir une école accueillante ou des collègues dévoués…

Oui, les concours ont vu des épreuves plus professionnalisantes apparaître.
Non, ce concours placé en fin de M1 ne sert pas la qualité de la formation. Il centre l’activité des étudiants sur la prépa concours avant d’avoir une seconde année où les stages occultent le temps d’une véritable alternance.

Oui, le temps de réflexion consacré à la recherche est formateur.
Non, l’étudiant stagiaire ne peut mener de front les études pour :

  • obtenir le master en travaillant aussi à la réalisation d’un travail de recherche afin de construire un mémoire professionnel.
  • préparer et mener sa classe de stage en responsabilité.
  • analyser sa pratique avec ses pairs et formateurs afin de construire sa professionnalité.
  • avoir une vie sociale active.
    A l’approche de la fin de ce premier semestre universitaire – année 1 des ESPE- il est important de faire-savoir que l’espoir d’une formation améliorée des enseignants est déçu chez les personnels de l’ESPE. Soucieux de former au mieux les jeunes qui font ce choix, nous ne sommes pas en mesure de répondre aux besoins de formation à la hauteur des espoirs que la loi de la refondation de l’Ecole avait laissé entrevoir.

Emilien Legeais - PRAG EPS - Formateur ESPE
Académie de Nantes - Site du Mans
Le 12 novembre 2013