Mise en concurrence en contexte de pénurie

jeudi 14 novembre 2013
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Mise en concurrence en contexte de pénurie
L’ESPE de Nantes se trouve au sein d’un ensemble d’institutions : les autres composantes de l’université intégratrice (Nantes), et les composantes des deux autres universités (Angers et Le Mans).
Dans ce contexte institutionnel, les effets de concurrence perçus l’année dernière lors de la phase de construction du dossier d’accréditation se révèlent plus directement depuis la rentrée, dans la mise en œuvre des Masters 1.
L’absence de cadrage national du fonctionnement des formations conduit en premier lieu à des rapports de force entre composantes, notamment pour les masters second degré. Ainsi, les étudiants restent inscrits dans les composantes disciplinaires, qui y voient logiquement un gage de leur responsabilité dans la mise en œuvre de la formation, tandis que l’ESPE est officiellement porteuse des maquettes de ces mêmes masters (notamment en termes de jurys ou de suivi des heures de formation).
Ce type d’incohérence suscite des malentendus et des tensions à l’échelon des enseignants et pose question sur le pilotage et la structure même de la formation, notamment dans un contexte d’évolution des concours de recrutement qui induisent un rééquilibrage en faveur de la dimension professionnelle. Or ces malentendus et ces tensions ne trouvent pas de lieu institutionnel où s’exprimer et se négocier. Les conseils d’UFR statuent de leur côté (ce sont « leurs » étudiants) tandis que les instances de régulation de l’ESPE font de même.
Enfin, le contexte de pénurie organisé par la politique budgétaire du gouvernement oblige les enseignants à faire des choix, et certaines parties des maquettes ne seront pas honorées (on transforme ainsi des heures TD en heures CM). Et ces choix sont faits en fonction notamment des rapports de force évoqués précédemment : il s’agit parfois d’occuper le terrain afin de conserver la place de la formation professionnelle, au détriment de la qualité de celle-ci… Les enseignants sont ainsi mis dans des situations de tension très forte entre des nécessités incompatibles.

Sylvain Doussot, enseignant-chercheur à l’ESPÉ
Académie de Nantes
Le 14 novembre 2013