Chronique d’une dissolution annoncée

jeudi 14 novembre 2013
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Chronique d’une dissolution annoncée
A l’ESPE d’Aquitaine, nous vivons concrètement les écarts existants entre la communication de Vincent Peillon annonçant la recréation d’une véritable formation des enseignants et ses actes réglementaires et budgétaires qui conduisent, pour certains étudiants (les CAD de cette année) à réaliser le programme politique de N. Sarkozy et de F. Fillon (absence de formation obligatoire l’année du contrat de CAD, suppression de la formation lorsque les étudiants seront professeurs stagiaires en 2014/2015). Le manque de volonté politique a conduit à l’absence d’un accord entre partenaires universitaires qui s’est traduit par l’accréditation d’un dossier d’ESPÉ sans modèle économique : les moyens affectés à la formation des enseignants ne sont pas définis.
Dans la reconfiguration en cours du paysage universitaire aquitain, le budget de l’ESPÉ est peu à peu rogné et les moyens en personnel sont maintenant attaqués en raison de l’absence d’un financement spécifique de l’État et de la baisse structurelle des budgets alloués aux universités. Depuis la rentrée les universités partenaires n’engagent pas les moyens matériels et humains nécessaires à la reconstruction d’une véritable formation professionnelle des étudiants de master MEEF. Préférant toujours laisser les présidents d’université se mettre d’accord entre eux, le recteur, chancelier des universités, n’intervient pas quelles que soient les conséquences sur le projet de formation pourtant accrédité par les deux ministères.
Le rectorat ne joue pas non plus pleinement son rôle de partenaire de la formation et se contente de gérer à la fois les moyens humains normalement dédiés à la formation à l’ESPÉ et les lieux de stage en fonction de ses contraintes organisationnelles indépendamment du projet de formation accrédité. L’implication des praticiens de terrain dans les formations ne peut pas être assurée à la hauteur des ambitions annoncées (par exemple, les PEMF ne sont pas disponibles pour intervenir dans les formations de l’ESPÉ), les étudiants-CAD et les fonctionnaires stagiaires sont utilisés comme moyens de remplacement. Les conditions d’une réelle formation en alternance sont ainsi loin d’être réunies.
Dans la période de transition et malgré les graves difficultés rencontrées quotidiennement lors de cette rentrée, le comité de pilotage censé assurer les régulations nécessaires à la mise en place de l’ESPÉ n’a pas été réuni depuis le 5 septembre. Les personnels de l’ESPÉ sont tenus à l’écart de toutes les décisions et en particulier de la commission des statuts.
Au delà de cette rentrée difficile, les annonces faites dans différentes instances (assemblée constitutive de l’Université de Bordeaux, courrier adressé à tous les personnels de l’ESPE par le président de l’université Bordeaux IV, première réunion avec les VP-CEVU des universités partenaires pour la construction des statuts de l’ESPE…) semblent annonciatrices du pire. Malgré le vote positif unanime de toutes les universités du projet d’accréditation de l’ESPE d’Aquitaine faisant de l’ESPE une école de plein exercice, positionnée à terme au sein de la communauté d’universités, nous voyons se dessiner une stratégie tout autre, portée principalement par les universités qui vont fusionner au sein de l’université de Bordeaux. Par un ensemble de décisions institutionnelles et budgétaires, elles pourraient renier l’ambition initiale du projet et cherchent à faire de l’ESPE, au sein de la CUEA, un service interuniversitaire sans formateurs permanents, sans service de gestion, sans étudiants inscrits et sans patrimoine immobilier propre. Ainsi nous voyons se mettre en place la déconstruction du dossier d’accréditation avec la fin d’une véritable école professionnelle implantée dans l’Université, la fin d’une école avec une identité forte pour structurer la formation des enseignants. Les décisions que nous voyons se profiler vont permettre, en Aquitaine, de réaliser le projet porté par le précédent gouvernement : une formation des enseignants disséminée dans les universités et sans ancrage dans un lieu institutionnel spécifiquement dédié. Cette dérive surprenante se réalise sous la responsabilité du recteur d’académie qui refuse de prendre les décisions politiques courageuses permettant de réaliser le projet de refondation de la formation des enseignants pourtant annoncé par le gouvernement en exercice.

Les syndiqués FSU de l’ESPE d’Aquitaine
Le 14 novembre 2013