Une réforme précipitée : des formateurs en souffrance, des étudiants déboussolés

mercredi 20 novembre 2013
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La mise en place du tronc commun en M1 dans le cadre de la réforme de l’ESPE a cristallisé les tensions entre partenaires.
La direction provisoire de l’ESPÉ avait souhaité par la mobilisation des équipes autour de cette culture partagée des enseignants marquer la nouveauté du projet de formation et ouvrir la concertation avec l’ensemble des partenaires. Le travail préparatoire nécessaire pour préciser contenus et modalités de cet aspect important du parcours professionnalisant des étudiants aurait nécessité un temps long afin de permettre aux représentants des institutions en présence (universités, institution scolaire, formateurs à temps plein à l’ESPE) de partager leurs cultures et de construire ensemble une proposition articulée aux autres dimensions de la formation.
La précipitation a conduit à des choix de mise en œuvre qui mettent en cause la pertinence même du tronc commun aux yeux des étudiants. Le refus de certaines universités partenaires d’une double inscription de leurs étudiants de master à l’ESPE a créé de nombreux problèmes de circulation des informations et d’identification par les étudiants du sens et des finalités de cette nouvelle école dans laquelle ils sont pourtant amenés à se former professionnellement. De plus certaines universités partenaires ont imposé un nombre important de cours magistraux sur l’ensemble du cursus au nom d’une logique comptable peu soucieuse de la qualité de la formation proposée.
Ces problèmes d’organisation majeurs créent de nombreuses tensions entre les formateurs comme entre ces derniers et les étudiants amplifiées par des difficultés matérielles :
* Difficulté à trouver des amphithéâtres dans les universités partenaires obligeant enseignants et étudiants à des déplacements incessants dans des lieux peu adaptés, parfois très éloignés de leur site de formation habituel et en un temps parfois record.
* Pour les formateurs, 5 minutes pour parcourir 1km5, se garer, accéder à l’amphi, trouver un micro...
* Pour les étudiants, des lieux de cours indiqués de façon très tardive ou trop tard, éloignés de leurs sites d’études habituels, parfois sans tablette pour écrire, pour des CM dont ils ignorent les intitulés...
Les conséquence sont consternantes :
- Une formation très magistrale inadaptée à la construction d’une culture professionnelle commune pourtant présentée comme essentielle dans la loi comme dans le dossier d’accréditation.
- Un désinvestissement progressif des étudiants qui se sont déplacés parfois en vain car l’information n’avait pas circulé correctement et ne peuvent dans ces conditions percevoir les enjeux de cette formation par ailleurs peu reconnue par certains partenaires des universités absents lors des réunions de travail proposées.
- Un effet désastreux sur l’image de l’ESPE et de ses formateurs qui se sont efforcés de mettre en œuvre la réforme dans des conditions de conception et de mise en œuvre peu propices à un travail de qualité.
Le manque de collaboration des partenaires sur le fond comme sur la forme, la mise en œuvre précipitée ont conduit en ce début d’année à un gaspillage de temps et d’énergie décevant malgré le fort investissement des formateurs et des étudiants.
L’absence de réunions du groupe pilotage mis en place par le recteur, pourtant demandées par les formateurs de l’ESPÉ, est alors une faute institutionnelle majeure. C’est, pendant la période de transition, le seul lieu où les problèmes auraient pu être posés et des pistes d’amélioration proposées en attendant l’installation d’une direction au début décembre 2013 ! L’ESPÉ d’Aquitaine était-elle sensée faire fonctionner les nouvelles maquettes de formation sans aucune régulation pendant trois mois ?

Stéphanie Péraud-Puigségur - PRAG Philosophie
ESPE d’Aquitaine
Le 20 novembre 2013