Texte des étudiants de Grenoble : entre espoir et désespérance

dimanche 8 mars 2015
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Entre espoir et désespérance

JEUDI, 5 MARS, 2015
L’HUMANITÉ

Pour une formation de qualité des étudiants-enseignants

Texte collectif d’étudiants de l’ESPE de Grenoble

Nous sommes étudiants et, dans quelques mois, nous serons enseignants. Comme pour de nombreux acteurs du monde de l’éducation, c’est l’espoir et l’enthousiasme qui suivent les annonces du ministre Vincent Peillon : une formation initiale des enseignants, supprimée quelques années auparavant, va enfin être remise en place. C’est donc plein de bonne volonté que nous pénétrons dans les nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation (les Espe, qui remplacent les IUFM). Nous sommes prêts à tout pardonner : ces écoles ayant été créées dans l’urgence. Passé le premier semestre, nous commençons tout de même à nous inquiéter : la nouvelle formation n’est pas à la hauteur. Loin de là… Ce sont alors de longues semaines que nous passons à tenter d’alerter les responsables du master (voir sur le site http://observatoire-fde.fsu.fr). Mais, toujours, la direction, le rectorat, étrangement, expliquent que la formation va bientôt atteindre son rythme de croisière et sillonner sur les eaux bleutées d’une éducation innovante. Nous, depuis nos petites salles de classe, nous voyons le rafiot rafistolé couler, couler… Nous voyons – du moins dans l’académie de Grenoble – des cours magistraux qui s’enchaînent sans cohérence, sur des sujets divers et variés, mais pas sur notre cœur de métier : construire une séquence d’enseignement ! Nous voyons manque de moyens, direction incertaine et tourbillons administratifs. Une seule conclusion : c’est un carnage. Peut-être notre ressenti est-il exagéré ? Malheureusement, de grands noms de l’éducation, d’Espe plus septentrionaux, plus à l’Ouest, ou encore d’autres stagiaires… tous dénoncent le même gâchis. Un matin de février, pourtant, l’Espe de Grenoble est bloquée par les étudiants. Soudainement, les «  responsabilités  » sont retrouvées : des aménagements commencent à apparaître. Mais un simple «  toilettage  » pour calmer les esprits ne résoudra rien. Le chemin vers une formation de qualité et de haut niveau pour les enseignants n’est pas encore tracé : il faudra continuer à nous battre. Passionnés par les problématiques d’enseignement, nous regardons avec impuissance partir à vau-l’eau chaque jour un peu plus notre formation, et voyons nos formateurs les plus dévoués jeter l’éponge l’un après l’autre. Quand nous entendons désormais qu’une formation initiale a été remise en place, nous répondons : mensonge ! Si les citoyens – à qui l’on explique que l’école doit relever les nouveaux enjeux sociaux – connaissaient les contenus d’enseignement dans les Espe… Aujourd’hui, nous lançons donc un appel. À tous ceux qui souhaitent mettre fin à la désESPErance, qui veulent que les profs soient formés dans des conditions dignes de ce nom, qui regrettent que des générations entières d’enseignants entrent dégoûtés dans l’institution, nous disons : il est temps d’agir !

Les signataires : Léa Benetto, Karine Boussiquet, Camille Chabert, Guillaume Crassard, Lilian Deronzier, Maxime Domerg, Madeline Dubouchet, Camille Gumbrell, Margot Jakubnick, Mathilda Lamiral, Malika Mahiout, Brice Martin, Camille Moiret, Elsa Nodet, Célia Petiton, Manon Peyre-Lavigne, Vanessa Pinorini, Maria Redondo, Miriam Reyes, Julianne Rico, Fabien Serette, Yannick Thia-Soui-Tchong, Florian Yusuf Ali… étudiants à l’Espe de Grenoble (et bien d’autres, voir les courriers signés par plusieurs centaines d’étudiants).