Débuts de carrière en Seine Saint Denis

dimanche 5 octobre 2014
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Débuts de carrière en Seine Saint Denis

Voici une version synthétique de mon premier mois d’expérience (je précise que j’ai pu passer le CRPE car j’ai un doctorat - d’archéologie, ce qui est passionnant mais peu utile devant des élèves) :
Malgré des mails, coups de fil et même un déplacement sur place le vendredi précédant la rentrée, je n’ai pu rencontrer la directrice de mon école d’affectation que le lundi 1er, en même temps que j’apprenais que j’aurai des CE1 (après un moment de flottement car on ne savait pas vraiment sur quel poste j’étais affecté). A accueillir dès le lendemain.
On m’a annoncé qu’il n’y avait personne d’autre sur la deuxième partie de la semaine. J’ai découvert ma classe, vide. J’ai dû valider une commande (arrivée le 23 ou 24) pour l’année, en ne sachant pas vraiment ce qu’il fallait pour une classe de CE1. Je tiens à souligner que tous les collègue de l’école m’ont beaucoup aidé et que sans eux, je me serai - complètement - noyé.
Première journée chaotique, bricolée dans l’urgence, nuit d’insomnie, comme beaucoup je pense. A la fin de la première journée, la directrice me transmet un message de quelqu’un de l’inspection, me demandant si je pouvais faire classe le lendemain car il n’y avait personne de disponible. J’accepte.

Le lendemain, 7h45, je vois débarquer une jeune dame, qui m’explique qu’elle est ZIL, qu’on l’a appelée le lundi soir pour prendre la classe du mercredi au vendredi. Soulagé, je lui explique tant bien que mal ce qui est, ou n’est pas, en place. Elle prend la classe pendant que je m’occupe des formalités de début d’année.
8h42 : quelqu’un de l’inspection vient la chercher en lui disant qu’elle devrait être dans une école de Saint-Denis. Dialogue : "vous êtes qui, monsieur ?", "monsieur XXX, je suis PES et...", "monsieur, vous reprenez la classe". Nouvelle matinée bricolée.
12h00 : une autre ZIL débarque, explique que, etc. Je reformule les explications, etc. Je retourne dès que je peux à l’école le reste de la semaine pour donner un semblant d’organisation, sachant que la réunion parents-profs se profile et que je serai probablement tout seul face à eux. Nous avons passé énormément de temps à organiser le début d’année avec la 2e ZIL, je passe les détails.
Le lundi 22 au matin, la directrice m’annonce que la ZIL, présente depuis 2 semaines, ne reviendrait pas et qu’une contractuelle occuperait le poste. On me la "refile" pendant la pause déjeuner, encore une heure passée à expliquer ce qui commence péniblement à ressembler à une classe.
Ce serait trop long et fastidieux de détailler ces jours de travail en vase clos (école-ordinateur-collègues-livres) où je me suis senti livré à moi-même. Je ne m’attendais pas à être tenu par la main mais quand même un minimum orienté. Je comprends tout à fait la situation des 3 personnes qui se sont succédées sur le deuxième mi-temps et qui attendaient que je sois "le moteur" (on me l’a sorti) mais je me suis retrouvé à organiser les semaines, les apprentissages, à faire absolument tout le travail de mise en place, etc. Je ne suis évidemment pas du tout préparé pour cela. Pendant la réunion parents-profs, on m’a présenté comme titulaire et "élément stable" sur la classe (avec comme consigne de ne surtout pas dire aux parents que j’étais ES). J’étais particulièrement mal à l’aise.
Pour couronner le tout, dans le capharnaüm de ce mois de septembre, j’ai réussi à louper le début des cours à l’éspé. Innocemment, j’ai envoyé un mail à mme X. ou une de ses collègues pour expliquer que j’avais malheureusement manqué le début des cours et m’excuser. En réponse, j’ai eu une salve de mails vaguement menaçants et peu amènes, me convoquant pour me justifier et soulignant, en filigrane, ma légèreté.
Je n’y suis pas allé. J’ai l’impression de recommencer à zéro tous les lundis matin. Les enfants voient défiler des gens et leur comportement s’en ressent. Au moins, les premiers contacts à l’éspé ont pu me permettre de décompresser quelque peu (et temporairement). Je ne suis pas du tout satisfait de ce que je propose aux élèves, qui se retrouvent malgré eux victimes de cette situation. Certains jours, cela marche, et cela me conforte dans le choix de devenir enseignant. D’autres jours....J’ai eu un contact avec une formatrice ce matin, qui ne pourra venir me voir qu’après les vacances. Elle propose néanmoins que nous correspondions par mail.