NOTES DE LECTURE : rapport de l’IG sur les difficultés de recrutement d’enseignants dans certaines disciplines

mardi 11 février 2014
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Rapport n° 2013-071 de l’Inspection Générale, juillet 2013
Les difficultés de recrutement d’enseignants dans certaines disciplines

http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/48/5/2013-071_Difficultes_Recrutement_273485.pdf

Ce rapport reprend nombre des alertes que les syndicats de la FSU, en particulier le SNES, ont multipliées. Il préconise même des pré-recrutements !

Dans le même temps, l’IG passe en revue des "solutions" à l’efficacité douteuse mais compatibles avec le dogme de la réduction de la dépense publique (bivalence, régionalisation, systématisation du recours à des contractuels plus ou moins CDIsés, évolutions de carrière par détachement de PE vers le 2d degré et réciproquement...).

Bien qu’elle s’appuie sur des chiffres fournis par la DGRH qui enjolivent la réalité et minorent la crise de recrutement, l’IG tire donc des sonnettes d’alarme et reconnaît que la gravité de la situation appelle des mesures concertées, nouvelles et urgentes.

Le rapport reconnaît des points essentiels :

- la baisse des candidats est antérieure à la masterisation.
Pour les IG elle s’amorce dès 2004 même si le phénomène s’aggrave en 2011.
Le SNES se fonde sur le rapport Obin (2002) pour dire que c’est plus ancien encore.

- il est nécessaire, à côté des EAP, de mettre en place un autre dispositif : un prérecrutement, sur critère d’excellence académique celui-là

- il faut publier un plan pluriannuel de recrutement sur 5 ans, décliné par discipline

- la nécessite de prospecter tous les viviers, y compris en adaptant les concours et les parcours de formation aux profils divers des candidats ( le schéma de formation "à plusieurs trajectoires" de la FSU répond au même souci)

- développer la Formation Continue (ce qui suppose, mais c’est implicite, d’arrêter d’en faire une variable d’ajustement budgétaire)

La piste de concours nationaux régionalisés est évoquée, mais avec prudence, en soulignant la nécessité de procéder d’abord à des études statistiques fines sur la faisabilité et les conséquences (cf extrait ci-dessous). Les disparités de vivier entre académies, les inégalités d’offre de formation universitaire rendent une régulation nationale déterminante, sauf à creuser les inégalités régionales en terme de qualité du service rendu aux élèves. En outre, les candidats attirés dans une académie déficitaire y seraient certes reçus au concours, mais rencontreraient des difficultés ensuite pour en partir - les questions de mobilité n’en seraient donc pas résolues.

Ce rapport contient des lacunes qui tiennent à l’absence persistante, malgré les demandes FSU répétées, d’état des lieux statistique (sur les viviers estudiantins par discipline et sur le territoire, les départs réels en retraite passés et prévisibles par discipline, les recrutements réels des années passées par discipline…. ). A défaut de tels chiffres, les IG peuvent pointer des problèmes - et ils le font - mais pas mesurer pleinement leur importance ou leur degré d’urgence...
On ne peut que regretter la rétention d’information de la part de la DGRH - qui n’a pas fourni non plus de données aux parlementaires du groupe de travail sénatorial sur les pré-recrutements. Il est vrai que sur ce dossier de la crise de recrutement, l’absence de transparence de la part du Ministère est un problème récurrent (sur le bilan des EAP, sur le nombre net d’admissibles aux concours 2014 anticipés, le nombre net d’inscrits aux concours 2014 rénovés….).

Des aspects ne sont pas du tout évoqués dans le rapport :

- l’Agrégation comme une des voies d’accès au métier enseignant

- la grande diversité des expériences antérieures des pré-recrutements dans l’Education Nationale notamment les Cycles Préparatoires des CAPET et CAPLP. La référence exclusive aux IPES est insuffisante : les prérecrutements constituent une réponse souple aux nécessités de recrutement, y compris dans d’autres métiers et secteurs de la Fonction Publique.

Pour finir, une affirmation qui fait un peu rire :" il n’est pas démontré que la faiblesse des rémunérations expliquent les difficultés de recrutement".

Et une question : le cri d’alarme des IG sur la crise de recrutement sera-t-il entendu, et le budget 2014 en tiendra-t-il compte ?

Extraits
Les IG préconisent la création de prérecrutements sur critère académique (donc ouverts aux non boursiers) et pointent deux points faibles des EAP : l’absence de ciblage sur les disciplines déficitaires et l’absence d’engagement à l’égard de l’Etat (page 54 du rapport) :

"La mission préconise de maintenir la pression en faveur d’un recrutement ciblé sur les disciplines prioritaires. Le souhait d’atteindre des objectifs quantitatifs ne doit pas conduire à diluer la volonté originelle de répondre en priorité aux besoins précis de l’institution. C’est pourtant ce que la mission a pu constater lors de ses visites en académies : si le taux de recrutement des EAP a été bon, conformément aux demandes de l’administration centrale, il n’a pourtant pas permis de recruter essentiellement des étudiants dans les disciplines déficitaires. La mission recommande, par ailleurs, de lier le soutien financier accordé aux étudiants retenus dans le cadre des EAP à un engagement à enseigner dans le second degré durant au moins cinq ans à l’issue du soutien apporté par l’État.
En outre, s’il était soutenable financièrement, un second dispositif de prérecrutement, sélectionnant cette fois les étudiants sur leur excellence académique, semblerait à la mission particulièrement opportun pour susciter et soutenir les vocations."

Les IG très prudents sur l’idée d’évoluer vers "un concours national à déclinaison régionale" pour les personnels de 2d degré (p. 59 du rapport) :
"Une des propositions destinées à lever une partie des appréhensions liées à la mobilité, formulées par plusieurs interlocuteurs, essentiellement dans les services académiques, serait de faire évoluer les concours nationaux du second degré vers des concours nationaux à déclinaison académique, sur le modèle du concours de recrutement des professeurs des écoles.
D’autres interlocuteurs ont objecté que la forme du concours national à déclinaison académique n’a cependant pas fait la preuve, concernant le premier degré, de sa capacité à régler toutes les difficultés de recrutement puisque le nombre de candidats, là aussi, a régulièrement chuté.
En outre, les académies n’ont pas des viviers homogènes. Par ailleurs, Paris forme une partie importante des candidats mais ses besoins sont minimes. Si, pour avoir des chances d’être reçu, un candidat est obligé de se rendre dans une autre académie pour concourir (comme cela se fait pour le CRPE), la solution serait plus intéressante en termes de gestion (concernant une académie comme Créteil par exemple) que pour résoudre les appréhensions des candidats liées à question de la mobilité.
Enfin, les résultats aux concours révèlent des disparités régionales fortes, variables selon les disciplines. À ce jour, seul le concours national, au-delà du fait qu’il conserve une très forte charge symbolique, régule ces différences.
Il semblerait néanmoins opportun de poursuivre cette réflexion, au moins « pour les disciplines aux effectifs les plus importants » ainsi que le préconise la Cour des comptes (recommandation n° 15 du rapport). Une analyse poussée, fondée sur une étude statistique et de faisabilité, semble indispensable à la mission."